Le deuxième confinement à partir de novembre, conséquence de la propagation du virus Covid 19, a replongé certains travailleurs en télétravail.

A-t-on tiré des leçons de ce mode de travail qui a été la norme lors du premier confinement ? Visiblement non et la situation semble même s’être aggravée.

Tout d’abord qu’entend-on par activités ‘télétravaillables’ ?

Dans ses Questions/Réponses de mars 2020, le Ministère du travail a précisé la notion d’activités ‘télétravaillables’. Il s’agit de raisonner en terme d’activités, et non de métiers. En effet, dans certains métiers, certaines activités peuvent être réalisées à distance.

À titre d’exemples : renseigner le public, réaliser des enquêtes, exercer des fonctions de support informatique, gérer des projets, gérer des achats, réaliser des supports de communication, traiter des dossiers en retard…

Toujours selon le Ministère du travail, le télétravail n’est pas applicable aux activités attachées à des lieux ou à des personnes, c’est-à-dire qui impliquent de se rendre dans des lieux spécifiques. Sont citées en exemples les activités de nettoyage, installation, inspection, réparation, utilisation d’outils et de machines et lorsque l’on doit s’occuper de personnes ou d’animaux.

Sont ajoutées à ces activités ‘non télétravaillables’ les fonctions managériales demandant une présence minimale sur site pour encadrer les équipes dont les activités ne sont pas réalisables à distance.

Quels sont les risques induits par le télétravail lors de cette 2période de confinement ?

Risques psychosociaux pour tous les salariés

Selon une étude d’Empreinte Humaine, réalisée fin octobre, près d’un salarié sur deux serait en difficulté psychologique actuellement, télétravailleur ou non. À la peur de la maladie du Covid 19 viennent s’ajouter un avenir incertain, un problème de sécurité de l’emploi, une surcharge de travail pour certains et un manque de moyens pour répondre aux exigences professionnelles.

Selon cette étude, 1/3 des salariés seraient en état d’épuisement émotionnel sévère et 5 % sont confrontés au burn-out.

Le rapport au travail dans le contexte actuel est devenu source d’anxiété, de stress et de perte de sens (sentiment d’inutilité du travail). De manière globale, l’engagement des salariés vis-à-vis de leur travail a chuté.

Risque d’envahissement de la sphère privée par le travail à domicile

En gagnant sur les temps de transport pour se rendre au travail, certains salariés ont compensé en surinvestissant dans leurs activités professionnelles, au détriment de leur vie privée. Loin de décroître, le télétravail a souvent permis aux entreprises de gagner en productivité de la part de leurs salariés.

Là encore, il est nécessaire au télétravailleur de se fixer des limites pour ne pas déséquilibrer vie privée et vie professionnelle. Le droit à la déconnexion peut l’y aider.

Risque d’isolement et de lassitude de la part des salariés

Lors du premier confinement, de nombreux salariés ont trouvé dans le télétravail un gain d’autonomie sur leur poste. Mais ils pensaient que ce mode d’organisation serait temporaire.

Un retour au télétravail, sans que bien souvent les entreprises n’aient eu le temps de mettre en place des outils pour accompagner cette modalité d’organisation, les renvoie souvent à eux mêmes. Certains prennent conscience du manque de sens de leur travail et nombreux sont ceux qui envisagent même une reconversion professionnelle.

 

Manque de soutien des salariés en télétravail

Même si les entreprises sont mieux organisées que lors du premier confinement, et que le soutien de la part des collègues, de la hiérarchie, des directions d’entreprises et de la Médecine du travail s’est accru par rapport à la première expérience contrainte de télétravail, de nombreux salariés ne se sentent pas suffisamment ‘épaulés’.

Ils remarquent même un accroissement des ‘incivilités numériques’ de la part des clients et des collaborateurs internes qui se traduisent par exemple par des courriels rédigés en majuscules ou en gras, ou l’usage fréquent de points d’exclamation dans ces documents. La dégradation de ce type de relation par média froid (le mail) leur donne l’impression d’être très surveillés et de subir une pression exagérée.

Manque d’appropriation des solutions numériques mises en place

Certes un important effort a été consenti de la part des employeurs pour la mise en œuvre de ‘digital workplaces’ (plateformes de travail numérique et collaboratif). Mais l’outil, pour être utilisé au mieux, doit être accompagné de formation à son usage.

Le télétravail, qui a accéléré le processus de digitalisation des entreprise, doit permettre aux salariés de développer leurs compétences pour s’approprier l’ensemble des fonctionnalités numériques : avoir un espace d’échanges pour ne pas se sentir mis à l’écart, pouvoir poser des questions à sa communauté professionnelle, trouver les ressources documentaires mises à jour pour réaliser son travail, et le tout en préservant la confidentialité et la protection des données de l’entreprise. Tout cela requiert un accompagnement presque individualisé de chaque employé.

Mettre en place des solutions de plateformes numériques exigent la mise à disposition de modes opératoires pour les utiliser, et la création de canaux de communication spécifiques en fonction des services de l’entreprise : #marketing, #finances, #RH, #communication…

Et c’est sans compter les défaillances de connexions ou d’outils mis à la disposition des salariés !

Problèmes d’organisation du temps et de l’espace

Il est vrai qu’en entreprise, chacun se construit des repères : son rapport à la hiérarchie, ses relations avec ses collègues, des limites en terme de lieu-x de travail et également des contraintes horaires. Enfin, chaque salarié vit un sentiment d’appartenance à une communauté au sein de son entreprise.

Avec le télétravail, tous ces repères sont fragilisés.

Menace pour la culture d’entreprise et l’innovation

La possibilité de se rencontrer et de réfléchir collectivement permet à la fois d’entretenir des relations sociales mais conforte également la solidité de l’organisation qu’est l’entreprise. L’entreprise est une organisation collective qui doit faire preuve d’innovation par l’expérimentation de nouvelles idées.

Avec le télétravail, créativité, innovation et motivation sont des notions mises un peu de côté.

Au sortir de la crise et de cette période de confinement, il sera nécessaire aux entreprises d’organiser des retours d’expériences afin d’améliorer les modalités d’organisation du télétravail. En effet, en 2021 cette forme d’emploi est amenée à durer, en tout cas tant que l’épidémie n’est par enrayée, au moins sous forme ponctuelle, quelques jours par semaine pour la plupart des salariés.

Notons également qu’une ligne téléphonique « écoute, soutien et conseil aux télétravailleurs » a été mise en place par le Ministère du travail.

Le numéro 0800 13 00 00 est un service anonyme, gratuit et ouvert 24 h sur 24 et 7 jours sur 7 pour l’accompagnement de salariés en télétravail par des psychologues.

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